Raymond Jean Marie De Kremer, né le et mort le à Gand (province de Flandre-Orientale), est un écrivain belge bilingue. Il écrit en français principalement sous le pseudonyme Jean Ray et en néerlandais souvent sous le pseudonyme John Flanders.
Il a également usé de plusieurs dizaines d'autres pseudonymes et a, selon les éditions et rééditions, utilisé indifféremment l'un ou l'autre pseudonyme. Il est connu en français pour s'être largement consacré à la littérature fantastique, dont il est un des maîtres, rangé souvent sous le titre d'École belge de l'étrange., mais il a aussi beaucoup écrit pour la jeunesse, en particulier de la "littérature édifiante", à connotation chrétienne, pour le Groupe éditorial Averbode.
Biographie Raymond Jean Marie De Kremer naît le à Gand.. Enfance et études vignette|gauche|Maison natale de Jean Ray à Gand. Arnaud Huftier, professeur des Universités en Littérature française à l'Université Polytechnique Hauts-de-France., auteur de Jean Ray, L'alchimie du mystère (Encrages, 2010). et responsable de l'édition des textes dans leur version intégrale depuis (Alma éditeur), propose les repères biographiques suivants :
Début de carrière C’est dans ce cadre qu’apparaît pour la première fois, en 1912, la signature Jean Ray, avec la partition Tarif d’amour (Gand/Paris: Oscar Berte/Max Eschig). Publication dans Gand /Gent XXste eeuw, en 1911 et 1913, sous la signature Raymond De Kremer, de ses deux premières nouvelles en français : Sur la route et Le Voleur.
Le , il se marie avec Virginie Bal, artiste de music-hall connue sous le nom de scène Nini Balta. Naissance le de leur fille unique, Lucienne De Kremer. Publication dans Ciné en 1919, sous le pseudonyme Jean Ray, de ses deux premières nouvelles fantastiques : La Vengeance et Le Gardien du cimetière . Il va désormais vivre de sa plume.
À partir de 1920, il participe au Journal de Gand, puis, à partir de 1923, dirige L'Ami du Livre. Il y publie la plupart des nouvelles qui vont constituer son premier recueil, édité par La Renaissance du livre en 1925 : Les Contes du whisky.. Le , Raymond De Kremer est arrêté et inculpé de fraude. Mis en faillite, il est condamné à six ans et six mois de prison, et sera finalement libéré le .
Le , apparition de la signature John Flanders dans la revue néerlandophone . Il y commence sa carrière d’illustrateur en tant qu’assistant sur des strips et bandes dessinées de Pink (Eugeen Hermans).. Il faut attendre la sortie de prison de l’auteur pour voir cette signature s’imposer dans La Revue Belge. Fin 1931, publication, sous signature Jean Ray, du recueil La Croisière des ombres aux Éditions de Belgique. À la suite de l’échec critique et commercial de ce volume, il va multiplier les collaborations : des récits pour la jeunesse, avec les presses de l’abbaye d’Averbode, ou pour l'hebdomadaire Bravo !. (où il utilise ) ; des nouvelles dans La Flandre Libérale, Mon copain, Prenez-moi ; des articles dans Les Débats, , Le Bien Public, ; des fascicules Harry Dickson à partir de 1932…
C’est l’époque la plus prolifique en publications : en 1936, il publie originales et près de , alors qu’en 1937, ce sont originales et toujours quelque … Retour du nom Jean Ray en temps de guerre, avec la publication aux Auteurs Associés des recueils Le Grand Nocturne (1942), Les Cercles de l’épouvante (1943), Les Derniers Contes de Canterbury (1944), ainsi que des romans Malpertuis (1943) et La Cité de l’indicible peur (1943). vignette|redresse|gauche|Plaque commémorative sur la façade du domicile de l'auteur à Gand. Après la Seconde Guerre mondiale, l’auteur reprend son activité de polygraphe, collaborant notamment à Audace, Le Petit Luron./, Les Cahiers de la Biloque, Overal, Fiction, Het Volk, Tintin/Kuifje, Mystère-Magazine, Golf, et publiant de nombreux romans pour la jeunesse.
En 1947, sortie aux Éditions de la Sixaine du recueil Le Livre des fantômes et de l’anthologie La Gerbe noire dirigée par Jean Ray. En 1961, publication chez Marabout du recueil Les Vingt-cinq meilleures histoires noires et fantastiques. Suivront, chez ce même éditeur, les recueils inédits Le Carrousel des maléfices (1964) et Les Contes noirs du golf (1964).
De 1963 à 1965 paraissent aux éditions Laffont quatre volumes trompeusement intitulés : Œuvres complètes. Dans le deuxième volume en 1964 figure notamment le roman inédit Saint-Judas-de-la-Nuit. Jean Ray meurt dans sa ville natale de Gand, le ., à à l'âge de .
Selon la légende qu'il a lui-même répandue à travers quelques interviewsRevue mensuelle Mystère Magazine, , juin 1951 ; cf. encore son "non-dit" sur la question dans son interview par Jean Antoine en 1961 pour l'émission Cahiers du temps présent de la RTB au cours duquel il évoque aussi sa grand-mère sioux, ses cicatrices de balles sur la poitrine, son dressage des araignées (« j'aime tous les animaux, d'ailleurs je n'aime que les animaux ») et sa correspondance avec H. G. Wells sur le fait que lHomme invisible aurait dû être aveugle., et qui fut en grande partie entretenue par Henri Vernes, ainsi que dans les préfaces de ses ouvrages aux Éditions Marabout dans les années 1970, il se serait engagé comme marin et aurait fait le tour du monde, participant à la contrebande d'alcool durant la prohibition aux États-Unis. Cette version d'un Jean Ray bourlingueur et globe-trotter, contrebandier et pirate à bord du Fulmar est remise en cause par plusieurs biographes de l'auteur.
Parcours littéraire et professionnel vignette|Le centre-ville de Gand. En 1925, il fait paraître Les Contes du whisky, son premier recueil de nouvelles qui connaît un grand succès auprès du public ainsi qu'une bonne critique.. Il entame alors une collaboration plus ou moins anonyme avec plusieurs journaux et revues. C'est ainsi qu'il crée le pseudonyme de John Flanders en 1928. En 1932 paraît son deuxième recueil : La Croisière des ombres qui ne connaîtra aucun succès. On peut raisonnablement penser que cet échec est le résultat de la médiatisation autour de son nom en 1927. Toujours en 1932, il s'investit dans la série de fascicules populaires : Harry Dickson ; il n'a pas créé la série à l'origine, il n'a été en fait que traducteur des aventures d'un « Sherlock Holmes américain », de l'allemand vers le néerlandais (apparition du nom de « Harry Dickson »), puis vers le français. À la longue, il finit par trouver les textes d'origine si médiocres qu'il obtient l'accord de son éditeur pour réécrire les histoires à condition qu'elles respectent le titre et le dessin de couverture des recueils originaux. Un total de seront ainsi entièrement de sa main sur les parus. Parallèlement, il collabore aux Éditions d'Averbode et publie des textes destinés à la jeunesse, aussi bien en français : Presto Films, qu'en néerlandais : .. Cette collaboration durera jusqu'à la fin de sa vie.Viennent alors les années de guerre. Il fait partie d'un groupe d'écrivains qui s'associent pour pouvoir publier : « Les auteurs associés » et y publie son plus fameux roman, Malpertuis (1943), mais aussi : Le Grand Nocturne (1942), Les Cercles de l'épouvante (1943), La Cité de l'indicible peur (1943) et Les Derniers Contes de Canterbury (1944). Il ne cessera d'écrire jusqu'à sa mort le , dans sa ville natale de Gand. Au nombre de ses recueils s'ajoute une nouvelle série : Les Contes noirs du golf, série de récits noirs avec pour cadre le monde du golf, écrits pour un journal sportif. vignette|Le supplément trimestriel Tintin Sélection 1955 (0) et les numéros 1 (1968) à 38 (1978). Jean Ray a aussi été secrétaire de rédaction à l'hebdomadaire Bravo ! de 1936 à 1940, publication essentiellement consacré à la bande dessinée et paraissant alors exclusivement en néerlandais. L’intégralité de sa participation littéraire restera anonyme, dissimulée derrière plus de pour y faire paraître jusqu’en 1940 (soit en un peu moins de quatre ans), environ et romans ainsi que plus de ..
Il y a écrit de nombreux contes ainsi que les scénarios de la série Edmund Bell, mise en images par le grand peintre expressionniste Frits van den Berghe. Après la guerre, il continue d'écrire pour la jeunesse dans plusieurs revues dont l'hebdomadaire Petits Belges où il écrit le scénario de bande dessinée Les Feux Saint-Elme pour le dessinateur Rik ainsi que la biographie en bandes dessinées du père Pierre-Jean De Smet pour son ami Renaat Demoen. On peut retrouver des nouvelles en français dans Le Journal de Mickey.
En , la première nouvelle signée John Flanders et illustrée par René Follet paraît dans l'hebdomadaire de bande dessinée Tintin., elle s'intitule Trois hommes derrière un mur. Au total, l'illustrateur et dessinateur René Follet réalisera quatre illustrations de courts récits de John Flanders pour cet hebdomadaire, ainsi que six autres pour la longue nouvelle Les Sept Robinsons de la neige parue dans Sélection Tintin 1955, année qui marquera la fin de la collaboration entre Jean Ray et ce magazine..
Réception de l'œuvre de Jean Ray Malgré des débuts délicats en France, Jean Ray occupe désormais la place la plus importante au sein de l'école belge du fantastique. Son œuvre, révélée aux lecteurs français par la revue Fiction, puis par la réédition progressive de son œuvre aux éditions Marabout, se caractérise surtout par des histoires peuplées de fantômes, de créatures de l'au-delà et d'univers "intercalaires", selon l'expression de l'auteur. Il désigne par ce terme des espaces issus de la Quatrième dimension, souvent convoqués par des formules mathématiques ou des grimoires secrets. Ces espaces sont habités par des créatures hybrides, des monstres, parfois surgis du passé ou n'appartenant à aucune mythologie précise. La peur en est le moteur principal. Elle s'empare de personnages souvent falots ou insignifiants, bousculés et emportés par des forces qui les dépassent. Malpertuis, par exemple, est bâti autour de l'idée de la survivance des dieux antiques, captifs dans une demeure et en proie à l'ennui pour l'éternité. Son écriture baroque doit beaucoup au roman gothique anglais du .
L'œuvre de Dickens mais également celle d'Edgar Allan Poe ainsi que celle de William Hope Hodgson, écrivain britannique mort en Belgique, ont énormément influencé Jean Ray.. Dickens est évoqué dans bon nombre de nouvelles ainsi que dans la série des Harry Dickson. Selon Jacques Van Herp et d'autres spécialistes, Jean Ray et Lovecraft ont été influencés par William Hope Hodgson.
Œuvres de Jean Ray Sous le nom de Jean Ray
Sous le nom de John Flanders
Pseudonymes On prête à Jean Ray une bibliographie surabondante approchant et nouvelles et , chroniques, critiques et textes divers. Les biographes reconnaissent avoir beaucoup de mal à reconnaître l'auteur, qui usa largement de nombreux pseudonymes (environ deux cents selon Arnaud HuftierLivre Savoirs et littérature Volume 2 par Daniel Minary Presses universitaires franc-comtoises, préambule, page 215, 1997), dont voici quelques-uns : Abrosius, Acker, Newton Baralong, B. Bachelor, Alix R. Bantam, Leslie Bram-Westlock, Gérard Bryne, Philip Clayson Jr, Martin J. Cross, Alphonse Denouwe, Eustache Gill-Banks, Lizzie Hattle, Telka-G. Haigh, W. Morton Haigh, Larssen Hegel, Warton Hepburns, Benjamin Herscher, Fritz Ichauson, Sidney Irving, W. W. Kolman, Lower Ritchard, John S. Meril, Marius Motin, Matt O’Monroy, Beryl Orths, William Preston, Werner Price, John M. Ray, John R. Ray, King Ray, Harold D. Raynes, Walt Reeves, Axel Reiss, Baldwin Ross-Marden, Alice Sauton, John Sailor, Sedgemoor, Richard Sherman-Wheel, Harry V. Smiles, J. White Stewart, R. M. Temple, S. Tombs, Reginald Turner, J. Terrence Vannes, Gustave Vigoureux, Harry D. Whale, Philip Waters Jr, Ethel M. Wright, Albin D. Young.