Le Dauphin de Guyane (Sotalia guianensis (P.‑J. van Beneden, 1864)) est un mammifère marin appartenant à l’infra-ordre des cétacés dont il est l’un des plus petits représentants. Il évolue le long de la côte atlantique de l’Amérique centrale au sud du Brésil. D’autres noms lui sont donnés en fonction des localités, le Costero qui signifie « côtier » en espagnol, le Marsouin ou la Sotalie.

Biologie

Taxonomie

Le Dauphin de Guyane est un mammifère de l’ordre des Cétacés. Ce phylum se répartit en deux sous-ordres : celui des Odontocètes et celui des Mysticètes (baleines). Le premier sous-ordre est constitué de quatre super-familles : celle du Sotalia est la superfamille des Delphinoïdes, qui comprend trois familles. Celle des Delphinidés se compose de trois sous-familles, dont les Sténinés, à laquelle appartient le genre Sotalia.

Son plus proche cousin est le Tucuxi (Sotalia fluviatilis). Les deux espèces se ressemblent fortement et diffèrent principalement de par leur taille et la forme de leur crâne. Cependant le Tucuxi vit uniquement en eau douce, dans l'Amazone et ses affluents alors que la Sotalie est une espèce côtière.

La taxonomie concernant le genre Sotalia est restée pendant de nombreuses années non résolue. Ce n’est qu’en 2007 que les deux sous-espèces ont été différenciées génétiquement grâce à des analyses moléculaires. Avant cela Sotalia guianensis et Sotalia fluviatilis étaient considérées comme une seule et même espèce. Le Dauphin de Guyane et le Tucuxi ont aussi été considérés pendant un temps comme des sous-espèces ou des variétés. L’existence de deux espèces distinctes est donc reconnue et acceptée par la communauté scientifique depuis 2007 (Caballero 2007) gauche|vignette|Jeune individu photographié dans le chenal du Mahury (Guyane française)

Caractéristiques physiques

Taille et poids

Le Dauphin de Guyane mesure généralement entre 1,50 m et 1,70 m, c’est l’un des plus petits cétacés du monde. Des individus de deux mètres auraient déjà été observés. Son poids moyen est de 60 kg et peut atteindre 80 kg pour les plus gros individus. L’âge maximal observé est de 29 ans pour les mâles et 30 ans pour les femelles.

Morphologie

Le dauphin de Guyane est petit et trapu. Son corps est gris clair à gris-bleu sur le dos et gris clair à rose sur le ventre, avec une limite nette allant de la commissure du rostre jusqu’au bord d’attaque de la nageoire pectorale. Des zones dorso-ventrales plus claires sont visibles sur les flancs, l’une derrière la nageoire pectorale, l’autre courant à partir de la moitié du corps. La couleur peut varier avec la distribution géographique, l’influence possible des pigments alimentaires et l’âge (en vieillissant les animaux s’éclaircissent). gauche|vignette|222x222px|Marques de socialisation sur un aileron de Dauphin de Guyane. La nageoire dorsale est petite et triangulaire avec une large base. Son extrémité peut être très légèrement arrondie vers l’arrière et sa hauteur avoisine les 11-13 cm. Les nageoires pectorales sont relativement grandes, en forme de palettes. La nageoire caudale est grande et large. La tête se caractérise par un petit melon bombé et un rostre relativement long (plus long et plus fin que celui du Grand dauphin, Tursiops truncatus). Les yeux sont plus ou moins cerclés de noir. Chaque demi-mâchoire est dotée de 26 à 35 dents. Le dimorphisme sexuel est peu apparent, les mâles peuvent avoir une carrure un peu plus puissante que les femelles. Des variations régionales de morphologie existent. Des différences significatives ont notamment été observées entre les populations du sud et du nord du lac Maracaibo au Venezuela.

Marques de socialisation

De nombreuses cicatrices, morsures et dépigmentations apparaissent sur le corps et surtout sur la nageoire dorsale avec l’âge, ce sont des marques de socialisation. Les nageoires dorsales peuvent parfois même être découpées. Les jeunes individus présentent des ailerons lisses et une coloration générale plus claire et plus rosée.

vignette|Cryptes vibrissales sur un rostre de Dauphin de Guyane

Particularités

Le rostre du Dauphin de Guyane est doté de petits électro-récepteurs appelés « Cryptes vibrissales ». Ils lui permettent de détecter le champ électrique de ses proies. Il est le seul dauphin au monde à être doté de cette faculté appelée « électroréception », au même titre que d’autres animaux aquatiques ou semi-aquatiques tels que l’ornithorynque.

Les cryptes vibrissales sont des structures fonctionnelles très irriguées. En forme d’ampoules, elles rappellent les électro-récepteurs que l’on peut retrouver chez d’autres prédateurs aquatiques comme les Ampoules de Lorenzini chez les élasmobranches. La sensitivité de ces organes serait adaptée aux champs électriques générés par les proies du Dauphin de Guyane. Le Dauphin de Guyane est généralement associé à des eaux turbides. Les particules suspendues réduisent considérablement la visibilité dans ces habitats, spécifiquement quand les sédiments sont remis en surface. Les électro-récepteurs sur le rostre des Sotalies permettraient d’augmenter la probabilité de détecter une proie proche dans les eaux turbides ou en fouillant dans le substrat et fonctionneraient comme un sens supplémentaire à l’écholocation lors de l’alimentation sur les fonds (Czech-Damal , 2011). Au Brésil, une étude démontre que les caractéristiques du complexe tympanique-périotique des Sotalies diffèrent selon la localité, plus particulièrement entre les localités du nord et du sud. L’os tympanique atteint des tailles plus élevées dans les localités du sud (Arcoverde , 2014).

Acoustique

Tous les cétacés produisent des sons relativement stéréotypés permettant de les identifier dans un enregistrement de bruit ambiant marin. Les dauphins étant les plus bruyants des cétacés, ils produisent une variété d’émissions sonores réparties dans une très large bande de fréquences, entre 10 hertz et 150 kilohertz environ. Les sons produits sont très variés et peuvent être de type impulsif tel que les clics, pour se repérer et s’orienter, ou de type continu comme les sifflements qui sont plus aigus et généralement utilisés pour communiquer et se reconnaître.

Le Dauphin de Guyane possède un répertoire vocal varié qu’il utilise au cours de diverses activités et interactions sociales (déplacement, reproduction, recherche de nourriture…). Des clics, des buzz, des sifflements sont fréquemment émis par les animaux, et ceux-ci peuvent être enregistrés par des hydrophones. L’hydrophone est un outil qui permet d’enregistrer le milieu marin et donc les animaux à différentes fréquences (basses ou hautes). Les Dauphins de Guyane produisent des sons avec une fréquence plus élevée et moins de complexité que les autres espèces de delphinidés (Andrade et al., 2015). Plusieurs études corroborent sur le fait qu’il existe des variations latitudinales pour les sifflements de Sotalies : les fréquences augmenteraient du sud de l’aire de répartition de l’espèce vers le nord. A une échelle plus réduite, des études au Brésil ont montré que les sons émis par les Sotalies peuvent différer entre les individus vivant au Nord du Brésil et les individus vivant au Sud du Brésil. (Rossi-Santos , 2006).

Les connaissances concernant les sifflements de Sotalies sont très faibles en dehors des études menées au Brésil, au Costa Rica et au Venezuela.

Écologie gauche|vignette|351x351px|Distribution du Dauphin de Guyane|alt= Distribution Le Dauphin de Guyane est présent le long des côtes de l’Atlantique Ouest et des Caraïbes, depuis les rivages du Honduras (15° 58’ N, 79° 54’ W), en Amérique centrale, jusqu’aux eaux côtières méridionales brésiliennes (Etat de Santa Catarina, 27° 35’ S).

Sa présence est confirmée au Brésil, en Colombie, au Costa-Rica, en Guyane française, au Guyana, au Honduras, au Nicaragua, au Panama, au Suriname, à Trinité et Tobago et au Venezuela. D’autres localités constituent une hypothétique aire de répartition mais ne possèdent pas de donnée confirmée pour cette espèce, c’est le cas de Aruba, Bonaire, Saint Eustache, Saba, et Curaçao.

En Guyane française, sa présente est attestée par des observations fréquentes et par les échouages. Des survols réalisés sur toute la ZEE attestent encore de sa présence tout le long de la côte. On le retrouve autour des Iles du Salut et de l’Ile du Grand-Connétable ainsi que dans les estuaires de la rivière de Cayenne, du Mahury, de l’Approuague, de l’Oyapock, de la Mana et du Maroni.

Au Brésil, la majorité des états côtiers sont concernés. Des Dauphins de Guyane sont également observés dans l’embouchure de l’Amazone. De nombreux groupes sont signalés au Suriname et au Guyana, aux embouchures des principaux fleuves. Au Suriname, les Sotalies ne seraient présents que dans la rivière de Paramaribo.

Au Venezuela, en dehors du lac Maracaibo, les dauphins sont présents dans les Etats d’Aragua, Nueva Esparta et Miranda. Dans le fleuve Orénoque, des observations sont rapportées jusqu’à 300 km en amont au niveau de Ciudad Bolivar. En Colombie, la région de Guaira, l’embouchure du Rio Magdalena ainsi que les golfes de Morosquillo et d’Uraba sont le lieu de nombre d’observations qui ne seraient toutefois pas représentatives de la densité réelle.

Habitats

Le Dauphin de Guyane est inféodé aux milieux estuariens et côtiers tropicaux. Il affectionne tout particulièrement les eaux calmes et peu profondes (au maximum 25 m), telles que les baies et les embouchures de grands fleuves, qu’il aurait tendance à remonter. Il fréquente aussi les côtes bordées de mangroves. Il apprécie également les habitats rocheux dans lesquels il peut trouver sa nourriture. En Guyane, il n’évolue pas au-delà d’une quarantaine de kilomètres des côtes.

Les Sotalies ont une distribution en « patchs » (Borobia 1991, Flores et Silva 2009, Da Silva et al. 2010). L’espèce présente un caractère plutôt sédentaire et semble très fidèle à son site. Les communautés n’effectuent pas de grands déplacements, ce qui suppose peu d’échanges avec les populations voisines et entre les différentes localités. Le domaine vital du Dauphin de Guyane, parfois inférieur à , est l’un des plus petits parmi les cétacés. Les déplacements sont cependant possibles entre les différents sites fréquentés. En Guyane, les observations sont plus fréquentes du mois de juin à décembre, mais il est pour l’instant impossible de déterminer si cela est dû à un effet saisonnier où aux meilleures conditions de détection en saison sèche.

Régime alimentaire

Les Sotalies se nourrissent de poissons, céphalopodes et crustacés (crevettes pénéides notamment). Ils sont carnivores et se situent au sommet de la chaîne trophique. En cela ils sont un bon indicateur de l'état de santé des écosystèmes marins. vignette|322x322px|Dauphin de Guyane en alimentation dans le chenal du Mahury (Guyane française)|alt=

L’éventail des espèces consommées est assez large et diffère en fonction de la localité du groupe et de l’habitat occupé (Cremer et al, 2012). Des études ont montré que la recherche de nourriture peut être menée de façon individuelle ou en groupe. En revanche, il semblerait qu’il n’existe pas parmi l’espèce une seule et même stratégie de recherche alimentaire. Les scientifiques et les chercheurs tendent à penser que les différentes communautés de Dauphin de Guyane élaborent leur propre stratégie d’alimentation en fonction des conditions locales. Par exemple, les groupes vivant près des estuaires n’hésitent pas à remonter les fleuves sur plusieurs kilomètres pour chercher de la nourriture. Cela a permis de mettre en relief l’aptitude du Dauphin de Guyane à supporter l’eau saumâtre et même l’eau douce. Les associations avec les oiseaux marins sont communément observées lors de la chasse.