Les goumiers marocains sont des soldats appartenant à des goums, unités d’infanterie légères de l'armée d'Afrique composées de troupes autochtones marocaines sous encadrement essentiellement français. Ces unités ont existé de 1908 à 1956.

D'abord supplétifs, puis réguliers, les goumiers marocains s'illustrent surtout lors de la Seconde Guerre mondiale, entre 1942 et 1945, sous les ordres du général Augustin Guillaume et du colonel Émile Hogard, et obtiennent, entre 1942 et 1945, dix-sept citations collectives à l'ordre de l'armée et neuf à l'ordre du corps d'armée, puis en Indochine de 1946 à 1954.

Le de tabors marocains ( GTM) est, après le de chasseurs parachutistes, l'une des six unités d'infanterie les plus décorées de la Seconde Guerre mondiale avec le de tirailleurs algériens, le de tirailleurs tunisiens, le régiment de marche du Tchad, la de Légion étrangère et le bataillon d'infanterie de marine et du Pacifique (BIMP).

Les goumiers marocains, soldats d'élite, ont été commandés par des chefs choisis parmi les meilleurs de l'Armée française. Parmi les plus prestigieux, on trouve Georges Leblanc, Pierre Boyer de Latour, Gaston Parlange, élevés après-guerre à la dignité de grand-croix de la légion d'honneur, et Jacques Massiet du Biest, qui commandent les groupes de tabors marocains (GTM) en 1943-1945.

Étymologie vignette|gauche|Insigne général des goums mixtes marocains : une koumia, portant en lettres rouges l'inscription G.M.M (Goum Mixte Marocain) et décoré de motifs géométriques et floraux. Le terme « goum » qui désigne une compagnie de goumiers, provient de l'arabe maghrébin « gūm » et de l'arabe classique « qawm », signifiant « tribu, peuple, gens » qui désigne les contingents de cavaliers armés que certaines tribus fournissent au chef du pays lorsqu'il fait une expédition.

Le terme « tabor » provient du turc « tabur » signifiant « bataillon » soit directement, soit par l'intermédiaire de l'arabe « ṭābūr » lui-même issu du turc.

Création et différentes dénominations La création des premiers goums marocains, qui remonte à 1908, est due à l'initiative du général d'Amade. Les six premières formations formaient à leur début une milice locale destinée à assurer des patrouilles ou des missions de reconnaissance sur le territoire marocain. La dénomination de goum sera finalement régularisée le et les unités placées sous l'autorité militaire française à la suite de leur comportement à Fès en 1911.

Lorsque le Maroc accède officiellement à l'indépendance en 1956, les goums quittent l'armée française et rejoignent l'armée royale marocaine le à minuit.

Campagnes militaires

Les goums marocains se sont particulièrement illustrés lors de la Seconde Guerre mondiale entre 1942 et 1945, notamment lors de la campagne d'Italie au sein du Corps expéditionnaire français (CEF) du maréchal Juin, puis lors des campagnes de France et d'Allemagne. Lors de la campagne d'Italie, nombre d'entre eux ont commis des exactions, crimes de guerres dont des milliers de viols de civils, hommes, femmes et enfants. Ils ont été ensuite largement engagés en Indochine de 1948 à 1954 et ont également participé au début de la guerre d'Algérie jusqu'en 1956. Ils ont finalement été dissous, formant l'Autorité des forces auxiliaires le . Pacification du Maroc (1907-1934) Environ ont combattu aux côtés de l'armée française entre 1907 et 1934 durant ce que l'Armée française a appelé , c'est-à-dire une suite de campagnes militaires dirigées contre les combattants et civils considérés comme rebelles, et ont été tués entre 1907 et 1922Commandant Coudry, « L'Armée et la mise en valeur du Maroc », Revue historique de l'Armée, Vol. 2, juin 1952, Daniel Rivet, Lyautey et l'Institution du Protectorat Français au Maroc 1912-1925, L'Harmattan, 1988, Vol. 2, .

Première Guerre mondiale

Seconde Guerre mondiale

Composition des unités thumb|gauche|Goumiers et leurs officiers défilant à Paris le 14 juillet 1945. Un goum, l'équivalent d'une compagnie, regroupe environ 200 goumiers. En période de guerre, les goums sont regroupés en Tabor, équivalent d'un bataillon, de trois à quatre goums. Enfin, le Groupe de tabors marocains (GTM), l'équivalent d'un régiment, est composé de trois tabors.

Durant la Seconde Guerre mondiale, chaque GTM comporte près de dont un peu plus de 200 officiers et sous-officiers. Il comprend un goum de commandement et d'engin (GCE) et trois tabors.

Le GCE (environ 300 hommes) comprend notamment : une section de protection et de pionniers ; un peloton d'estafettes à cheval ; un peloton antichar et de mortiers ; un groupe muletier.

Le tabor (environ 900 hommes) comprend : un GCE composé d'une section de mortiers de 81, d'un peloton de cavaliers et d'un groupe du train ; trois goums de trois sections chacun.

La proportions d'« indigènes » dans un GTM est de 77 à 78 %.

Les quatre GTM constituaient l’équivalent d’une forte brigade d’infanterie légère sous l’appellation de « Commandement des Goums Marocains » (CGM) aux ordres du général Guillaume puis du colonel Hogard.

Quatre GTM marocains (environ ) ont été formés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Organisation détaillée Entre 1943 et 1945, les 4 GTM sont constitués de la manière suivante : GTM : colonel Georges Leblanc : , et goums : , et goums : , et goums GTM (ne participa pas à la campagne d'Italie du CEF mais seulement à celle de Corse et de l'île d'Elbe en septembre- puis de France et d'Allemagne) : colonel Boyer de Latour : , , et goums : , , et goums : , , et goums GTM : colonel Jacques Massiet du Biest (Débarquement de Provence.) : , et goums : , et goums : , et goums ( goums : Capitaine Rouast à partir du 9/01/45) GTM (il fut renvoyé au Maroc après la campagne d'Italie et ne participa pas à la campagne de France. Il fut remis sur pied en pour la campagne d'Allemagne): colonels Soulard, puis Gautier et enfin Parlange (à partir du ) : , et goums : , et goums : , et goums

Le commandement des goums marocains (CGM), avec ces quatre GTM, est créé le et placé sous les ordres du général Guillaume. Lorsque ce dernier succéda au général de Monsabert au commandement de la d'infanterie algérienne, le CGM resta sous son autorité.

Participation des 4 GTM aux campagnes Tunisie 1942-1943 Sicile 1943 Corse 1943 Italie 1943-1944 Ile d’Elbe 1944 France 1944-1945 Allemagne 1945 GTM 13/12/1942-13/5/1943 17/4/1944-21/7/1944 14/8/1944-30/3/1945 3/4/1945-8/5/1945 GTM 6/1/1943-13/5/1943 23/9/1943-4/10/1943 17/6/1944-20/6/1944 14/8/1944-30/3/1945 31/3/1945-8/5/1945 GTM 17/12/1943-22/7/1944 14/8/1944-18/2/1945 GTM 22/11/1943-14/9/1944 12/4/1945-8/5/1945 Tabor 16/4/1943-8/5/1943 14/7/1943-3/9/1943

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Tunisie 1942-1943

Durant la campagne de Tunisie, le général Alexander décide d'aider les troupes américaines qui doivent prendre Bizerte et Tunis, en leur donnant des goumiers ( et GTM), qu'il considère comme de « grands combattants » — Harold Alexander, The Alexander Memoirs, 1940-1945, Londres, Cassell, 1962, .

Sicile 1943

Sur demande express du général Patton, le du commandant Guido Verlet (1903-1996) est utilisé en Sicile, en juillet-, pour représenter l'armée française et rattaché à la US du général Truscott (puis à la US), Kevin M. Hyme, Patton's War, University of Missouri Press, 2021, p. 145..

Les goumiers du enlèvent Acuto (), dont la chute marquera un point important dans la conquête de la Sicile, et capturent 460 prisonniers au cours de la campagne. Le est cité à l'ordre de l'armée le dans les termes suivants : .

Les pertes du à la fin des opérations, le , s'élèvent à 17 tués, 11 disparus et 54 blessés.

Corse 1943

Le premier département français à être libéré est la Corse. Libération à laquelle participe le GTM, du colonel Pierre Boyer de Latour, qui est chargé de nettoyer les montagnes dominant Bastia. Le il prend le col de Teghime. Il est cité à l'ordre de l'Armée.

Les pertes du à la fin des opérations s'élèvent à 39 tués dont 3 officiers, 4 disparus et 120 blessés dont 5 officiers.

Italie 1943-1944 vignette|redresse|Goumier appartenant au de Tabors marocains ( GTM) du colonel Massiet du Biest lors de la bataille du Garigliano, en mai 1944.

En Italie, l'exploit le plus retentissant des GTM a lieu en lors de la bataille du Monte Cassino au cours de laquelle dix mille goumiers pénètrent dans les monts Aurunci, bastion sud de la position allemande de Monte-Cassino, « nettoient » les collines depuis le Garigliano jusqu'au sud de Rome et éliminent en trois semaines de combats certaines des unités allemandes les mieux entrainéesAnthony Clayton, Histoire de l'Armée française en Afrique 1830-1962, Albin Michel, 1994, .. Au cours de cet assaut des troupes françaises, qui provoque la rupture de la ligne Gustave, le général allemand Kesselring écrit le : Georges Spillmann, Souvenirs d'un colonialiste, Presses de la cité, 1968, .. La plupart des analystes militaires considèrent la manœuvre des goumiers comme la victoire décisive qui a finalement ouvert la route de Rome aux Alliés — Edward Bimberg, The Moroccan Goums: Tribal Warriors in a Modern War, Greenwood Press, 1999 ..

Français et Alliés sont fascinés par . Le lieutenant Gaudront, commandant la compagnie du 1er RTM, évoque à propos de l'attaque du Frascolo par les tabors marocains le .

Les goumiers entrent dans Sienne le et terminent la campagne à San Gimignano.

Les généraux Alexander et Clark avaient une très haute opinion de la valeur militaire des goumsAnthony Clayton, Histoire de l'Armée française en Afrique 1830-1962, Albin Michel, 1994, ..

Perpétration de crimes Entre avril et , une partie des troupes est impliquée dans les « marocchinate » (« Maroquinades » en italien), pudiquement dénommées « crimes de Ciociarie » : des viols de masse et des homicides sont commis sur les civils dans les villages Norme in favore delle vittime di violenze carnali in tempo di guerra - (« Mesures en faveur des victimes de viols en temps de guerre »), site du Sénat italien, Acte du 25 juillet 1996 ., lesquels laissent des traces terribles dans la population jusqu'au ; l’écrivain Norman Lewis, officier britannique, a raconté les événements dans le livre en 1996. Alerté de toutes parts par différentes unités alliées, il fallut que le haut commandement anglo-américain intervienne auprès du général Juin, commandant du corps expéditionnaire français pour que cessent ces exactions.

Dans une lettre adressée au général de Gaulle le , le maréchal Jean de Lattre de Tassigny écrit à propos des goumiers marocains : Jean de Lattre de Tassigny, Reconquérir : 1944-1945. Textes du maréchal Lattre de Tassigny réunis et présentés par Jean-Luc Barre, édition Plon, 1985, ..

Le général Alphonse Juin, jugeant suspecte la vigueur de la réaction italienne, dénonce dans une lettre adressée le au général Clark, commandant la Armée américaine, une .

Au total, , toutes unités confondues, sont jugés par la justice militaire pour violences sexuelles durant toute la campagne d'Italie et 156 (87 Marocains, 51 Algériens, 12 Français, 3 Tunisiens et 3 Malgaches) sont condamnés dont 3 sont fusillés. Parmi les 156 condamnés, on compte un seul goumier marocain. À ces condamnations s'ajoutent , dont l'unité d'appartenance est inconnue, exécutés sommairement, car pris sur le fait. Pour Julie Le Gac, le fait qu'un seul soldat des goums soit condamné pour viol « alors que les goumiers sont les coupables désignés » pourrait être l’« indice d’un contrat tacite qui autorise ces troupes irrégulières à piller et à violer ». L'autre hypothèse, selon elle, étant que la justice expéditive, les exécutions sommaires soient plus appliquées aux goumiers (l'unité d'appartenance des exécutés sommairement est inconnue) mais aucune source ne confirme cette hypothèse.

Ile d'Elbe (juin 1944) vignette|left|150px|Goumiers du GTM embarquant dans un chaland de débarquement en Corse pour l'île d'Elbe.

Seul le GTM participe à la conquête de l'île d'Elbe du 17 au .

France 1944-1945